OPINION | RDC – AFRIQUE DU SUD L’Ombre de Joseph Kabila et le Sang des Soldats Sud-Africains : Justice ou Complicité de Pretoria ?
Le déploiement des forces de la SANDF (South African National Defence Force) en République Démocratique du Congo, sous la bannière des initiatives régionales de la SADC, a récemment tourné au drame avec la perte tragique de militaires sud-africains sur le sol congolais. Derrière cette tragédie humaine se profile une interrogation géopolitique majeure, pointant directement vers le rôle et l’héritage de Joseph Kabila Kabange, ancien président de la RDC. Alors que les familles des soldats réclament légitimement des comptes, le silence persistant et les ambiguïtés entourant l’influence continue de l’ancien régime remettent au premier plan la question des responsabilités dans ces pertes en vies humaines.
Cette situation ravive un débat de fond sur l’attitude historique des autorités de Pretoria. Comment expliquer la complaisance, sinon la naïveté, des dirigeants sud-africains qui ont accompagné et légitimé un homme perçu par une large part de la population congolaise comme un imposteur durant ses dix-huit années de règne sur le Grand Congo ? Ce système, dont les fondations ont été scellées lors du processus de Sun City en Afrique du Sud sous la bénédiction du parrain diplomatique belge Louis Michel, a institutionnalisé un pouvoir que les critiques qualifient aujourd’hui de destructeur pour la nation congolaise.
Aujourd’hui, il est impératif que des voix s’élèvent au sein de la société civile et de la classe politique en Afrique du Sud pour briser cette omerta. Un dossier judiciaire rigoureux doit être ouvert à l’encontre de Joseph Kabila Kabange. L’Afrique australe ne cesse de proclamer son attachement au principe des « solutions africaines aux problèmes africains ». C’est précisément l’occasion historique pour les héritiers politiques de Nelson Mandela de traduire ce slogan en actes de justice concrets. Prendre leurs responsabilités signifie cesser de protéger les figures du passé et engager des poursuites pour neutraliser l’impunité dont jouit l’ancien chef de l’État.
Le peuple congolais observe désormais avec une attention extrême et une profonde exigence l’attitude qu’adoptera la présidence à Pretoria. Il ne s’agit plus seulement de diplomatie, mais de morale et de souveraineté partagée. Les citoyens de la RDC n’accepteront plus que le sang des soldats de la sous-région soit versé pour maintenir, directement ou indirectement, les intérêts d’un réseau politique décrié.
Pour les dirigeants sud-africains, le poids de la conscience doit l’emporter sur les calculs d’appareil. Face aux cercueils des militaires tombés en RDC et aux larmes de leurs familles qui exigent la vérité, l’inaction équivaut à un aveu de culpabilité partagée. Comme le rappelait si justement l’écrivain et penseur Elie Wiesel : « Le contraire de l’amour n’est pas la haine, c’est l’indifférence. Et le contraire de la vie n’est pas la mort, c’est l’indifférence. » À Pretoria de prouver que la vie de ses soldats et le destin du peuple congolais ont encore une valeur à ses yeux.