Face au chantage de Kigali, la RDC doit opposer le plaidoyer de la vérité et du droit international
Les masques sont définitivement tombés. En déclarant publiquement, lors du Bureau politique du FPR, que « faire disparaître le M23, c’est aussi vouloir faire disparaître le Rwanda » et en se disant « prêt » à la confrontation, le Président rwandais Paul Kagame a brisé trois décennies de dénis diplomatiques. Le M23 n’est plus présenté comme une rébellion de Congolais frustrés, mais comme une extension vitale, organique et sécuritaire de l’État rwandais sur le sol de la République Démocratique du Congo.
Face à ce chantage existentiel, qui tente de justifier l’agression par une posture de victime permanente, la RDC ne peut plus se contenter d’une diplomatie réactive. Kinshasa doit porter un plaidoyer international offensif, rigoureux et sans concession, articulé autour de trois axes fondamentaux.
Opposer le Droit International à la "Géopolitique du Fait Accompli
Le premier pilier de notre plaidoyer doit être le rappel intransigeant des principes intangibles de la Charte des Nations Unies : l’inviolabilité des frontières et la souveraineté des États.
• Requalifier juridiquement le conflit : Les propos de Paul Kagame transforment la nature juridique du conflit. La RDC ne fait pas face à une crise interne, mais à une guerre d’agression internationale par procuration. L’assimilation totale entre le M23 et le destin du Rwanda constitue un aveu flagrant de co-belligérance.
•Démonter le narratif de la "menace existentielle : L’argument rwandais selon lequel la survie de sa nation dépend de l’occupation militaire de l’Est de la RDC est une hérésie juridique. Aucune doctrine de légitime défense ne permet à un État souverain d’annexer de facto des portions de territoires voisins ou d’y installer des supplétifs armés pour garantir sa propre sécurité.
Acter l’aveu de Kigali pour exiger des sanctions globales
Pendant des années, la communauté internationale a tergiversé, exigeant des "preuves" du soutien rwandais au M23 malgré les rapports accablants des experts de l’ONU. L’aveu est désormais de la bouche même de l’agresseur. Le plaidoyer congolais doit capitaliser sur ce tournant historique.
• Exploiter les fissures du Processus de Doha et de Washington : Alors que les initiatives de paix américaines et régionales peinent à rapprocher les positions en raison de la mauvaise foi de Kigali, la RDC doit pointer du doigt que le Rwanda bloque délibérément l’application des accords de désengagement.
• Exiger l’embargo et le gel des aides : Le plaidoyer congolais auprès des partenaires occidentaux (notamment les États-Unis et l’Union européenne) doit être clair : continuer à financer le modèle économique ou militaire du Rwanda, c’est financer directement la guerre à l’Est de la RDC. Puisque le Rwanda se dit "prêt" à la guerre, la communauté internationale doit se dire prête à lui couper ses flux d’aide bilatérale et à imposer des sanctions économiques ciblées.
Exiger le traitement global du passif humanitaire (De l’AFDL au Rapport Mapping)
Pour briser la rhétorique de victimisation de Kigali, la RDC doit rappeler au monde la généalogie de la terreur dans la région des Grands Lacs. Le conflit actuel est le prolongement d’une longue impunité qui dure depuis l’époque de l’AFDL.
• Sortir le Rapport Mapping des tiroirs : Notre diplomatie doit exiger que le Rapport Mapping de l’ONU serve de base à la création d’un Tribunal Pénal International pour la RDC ou de chambres mixtes spécialisées. On ne peut prétendre régler le conflit actuel sans juger les crimes de masse commis par l’armée rwandaise et ses supplétifs successifs depuis 1996.
• Mettre en avant les rapports du Groupe d’Experts : Rappeler systématiquement les conclusions documentées du Groupe d’experts des Nations unies sur l’utilisation par le Rwanda d’armes lourdes sophistiquées (missiles anti-aériens, drones de brouillage GPS) sur le territoire congolais. Ce ne sont pas des armes de rebelles, ce sont des attributs d’une armée d’invasion.
La réponse est à Kinshasa
Le plaidoyer international n’aura de poids que s’il repose sur un socle interne inébranlable. Face à un voisin qui radicalise sa posture et militarise à outrance le conflit à l’Est, la RDC doit parfaire sa cohésion nationale.
Le dialogue inclusif annoncé à Kinshasa ne doit pas être un partage de gâteaux politiques, mais le lieu sacré où l’opposition, le pouvoir et la société civile signent un pacte de résistance nationale contre l’agresseur et ses valets (AFC/M23, Nangaa, Kabila, et consorts). À la menace d’Armageddon de Paul Kagame, opposons l’unité d’un peuple déterminé à défendre chaque centimètre carré de sa patrie.