L’ironie de Corneille Nangaa, un aveu déguisé : Joseph Kabila au cœur de la stratégie politique de l’AFC/M23

En déclarant ironiquement que Joseph Kabila serait « le bienvenu » s’il souhaitait prendre la présidence de l’AFC/M23, et qu’il faudrait rendre « gloire à Dieu » si les experts des Nations unies confirmaient sa présence dans leur camp, Corneille Nangaa croit ridiculiser les accusations portées contre l’ancien chef de l’État.

Mais son ironie produit exactement l’effet inverse : elle place publiquement Kabila au centre de l’imaginaire politique et du projet de pouvoir de la rébellion. Un dirigeant insurgé ne propose pas spontanément la direction de son organisation à une personnalité totalement étrangère à ses objectifs. Derrière la plaisanterie se révèle donc une proximité politique que Nangaa tente de banaliser, alors que le rapport final 2026 du Groupe d’experts de l’ONU documente les visites répétées de Joseph Kabila dans les zones contrôlées par l’AFC/M23, ses rencontres avec de hauts responsables du mouvement ainsi que le rapprochement croissant entre les deux camps.

Cette convergence apparaît encore plus clairement à travers la plateforme « Sauvons la RDC ». Plusieurs personnalités qui avaient publiquement défendu, relativisé ou relayé les positions de l’AFC/M23 avant la création de cette structure se retrouvent désormais regroupées autour de Joseph Kabila. Il ne suffit donc pas de constater l’existence de deux organisations portant des noms différents : il faut examiner leurs acteurs, leur discours, leur calendrier et leur objectif politique. Les experts de l’ONU relèvent que l’appel au « soulèvement populaire » lancé par cette plateforme poursuivait des objectifs correspondant à ceux de l’AFC/M23. Cette similitude ne constitue pas, à elle seule, la preuve juridique d’une chaîne de commandement commune, mais elle établit une convergence politique majeure : pendant que l’AFC/M23 mène l’offensive militaire dans l’Est, « Sauvons la RDC » cherche à construire une légitimité politique nationale autour du même objectif de changement du pouvoir à Kinshasa.

L’opération dépasse cependant la seule personne de Joseph Kabila. Le rapport des experts établit que l’AFC/M23 a poursuivi son expansion avec le soutien durable des Forces rwandaises de défense, tandis que plusieurs enquêtes et décisions internationales décrivent le mouvement comme une rébellion appuyée par Kigali. Dans cette architecture, Nangaa fournit la façade politique congolaise, l’AFC/M23 assure la pression militaire, et le Rwanda apporte l’appui stratégique indispensable à la progression du mouvement. La visibilité accordée à Joseph Kabila dans les territoires occupés peut ainsi être interprétée comme une tentative de présenter l’insurrection comme une contestation purement congolaise, afin de reléguer au second plan le rôle déterminant du Rwanda. Cette lecture est précisément celle rapportée par les experts de l’ONU : la mise en avant d’acteurs congolais contribuerait à accréditer le récit d’un « problème congolais », alors que l’appui militaire rwandais est largement documenté.

Corneille Nangaa pense-t-il réellement que le peuple congolais est dupe ? Son ironie ne détruit aucune accusation : elle confirme surtout que Joseph Kabila représente, aux yeux de l’AFC/M23, une figure politiquement compatible avec son projet. Elle révèle également la complémentarité entre la guerre menée sur le terrain, la recherche d’une caution politique congolaise et les intérêts sécuritaires revendiqués par Kigali. Il serait toutefois intellectuellement imprudent de présenter chaque soupçon comme une preuve définitive ou d’affirmer une implication « à 100 % » sans décision judiciaire fondée sur des éléments contradictoirement examinés. Les faits disponibles permettent néanmoins une conclusion politique lourde : les trajectoires de Nangaa, de l’AFC/M23, de la plateforme de Kabila et du pouvoir rwandais ne peuvent plus être analysées séparément. L’ironie destinée à blanchir Kabila se transforme ainsi en aveu politique involontaire : loin d’effacer les liens présumés, elle expose davantage la cohérence d’un dispositif visant à conquérir militairement des territoires congolais, à renverser l’ordre institutionnel et à dissimuler l’influence de Kigali derrière des figures congolaises.

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