L’ÉPREUVE DE VÉRITÉ : Face au bellicisme de Kagame, l’impératif d’un bloc républicain en RDC

Le masque est définitivement tombé. Devant le Bureau politique du Front patriotique rwandais (FPR), le président rwandais Paul Kagame a prononcé un discours au ton martial d’une gravité inédite. En liant explicitement le destin de la rébellion du M23 à celui de son propre pays affirmant que « faire disparaître le M23, c’est aussi vouloir faire disparaître le Rwanda » et se disant « prêt » à l’affrontement si ce scénario survenait , Kigali pousse le cynisme diplomatique à son paroxysme. Cette déclaration n’est plus une simple posture de défense ; c’est un aveu d’agression à ciel ouvert et un défi direct lancé à la souveraineté de la République Démocratique du Congo.

Face à ce durcissement dramatique, l’heure n’est plus aux calculs politiciens ni aux silences tactiques à Kinshasa. La patrie est en danger de défragmentation. C’est le moment d’exiger une clarification historique : les leaders congolais de tout bord de la majorité au pouvoir comme de l’opposition institutionnelle ou armée doivent se prononcer de manière univoque.

Le Grand Paradoxe : Et si tout le monde était d’accord ?

Une question fondamentale, presque existentielle, doit aujourd’hui être posée avec force : «  Si tous les Congolais et la communauté internationale sont d’accord que la RDC est agressée depuis plusieurs décennies par son voisin le Rwanda pour des raisons de survie (fallacieuse) du peuple Tutsi, qu’adviendra-t-il ? »

Si ce consensus est total, la suite logique ne peut plus être la diplomatie de l’autruche ou les condamnations de principe. Il en découlera une requalification juridique et militaire du conflit. Si la communauté internationale acte définitivement que l’argument de la « survie ethnique » brandi par Kigali n’est qu’un paravent commode pour masquer des ambitions géostratégiques et le pillage des ressources minières, le statut du Rwanda doit changer de « médiateur difficile » à « État agresseur et voyou » au regard du droit international. Pour la RDC, ce consensus global signifierait l’obligation d’activer l’article 63 de la Constitution : se lever comme un seul homme pour défendre l’intégrité territoriale, rendant toute forme de collaboration interne synonyme de haute trahison.

L’impasse de la trahison : Joseph Kabila et Corneille Nangaa auront-ils encore un mot à dire ?

Dans cette équation de cohésion nationale absolue, les postures ambiguës deviennent intenables. La question se pose directement pour les figures de la rupture ou de la rébellion : Joseph Kabila (via le positionnement flou attribué à ses proches et les accusations récurrentes de Kigali cherchant à l’associer à la dynamique de l’Est) et Corneille Nangaa (à la tête de l’Alliance Fleuve Congo - AFC/M23) auront-ils encore un mot à dire ?

La réponse est implacable : le durcissement du ton de Paul Kagame asphyxie politiquement ces acteurs. En nationalisant le M23 et en l’érigeant en bouclier existentiel du Rwanda, Kagame dépouille l’AFC de Corneille Nangaa de son prétendu narratif de « révolution congolaise interne ». Nangaa n’apparaît plus que pour ce qu’il est sur le terrain : le supplétif d’une armée étrangère d’occupation.

Quant à Joseph Kabila, le silence légendaire de l’ancien président est mis à rude épreuve. Face à un Kagame qui assume sa volonté d’en découdre, la neutralité ou le boycott des dynamiques de cohésion nationale ne sont plus des options audibles pour le peuple congolais. S’ils ne condamnent pas fermement les propos de Kigali, Kabila et Nangaa s’excluent d’eux mêmes, définitivement, de l’échiquier politique et de la communauté nationale. Ils n’auront plus aucun mot à dire, car l’Histoire n’écoute pas ceux qui pactisent par l’action ou par le silence coupable avec le bourreau de leur peuple.

Quelles pistes de résolution face au mur de Kigali ?

Avec des processus de paix au point mort (Luanda en berne, processus de Doha et de Montreux en panne d’efficacité), la posture martiale du Rwanda réduit drastiquement les options. Quelles pistes reste-t-il à la RDC ?

1. Le renforcement de la dissuasion militaire interne : La diplomatie sans armée forte est un coup d’épée dans l’eau. La RDC doit accélérer la restructuration profonde des FARDC, assainir la chaîne de commandement et doter le pays de capacités de projection aérienne et technologique capables de rendre le coût de l’agression insupportable pour Kigali.

2. Le front de la cohésion nationale et le dialogue interne : Le président Félix Tshisekedi a évoqué l’ouverture d’un dialogue inclusif. Ce forum ne doit pas être un partage de gâteaux politiques, mais un pacte de défense républicaine. Les leaders d’opposition (Katumbi, Fayulu, Mukwege) et la majorité doivent s’accorder sur une ligne rouge commune : aucune concession territoriale.

3. Le pivot vers des alliances bilatérales agressives : Face à la léthargie de l’ONU, la RDC doit capitaliser sur ses alliances militaires directes (comme le soutien du Burundi ou de la SADC) et exiger des puissances occidentales (USA, Union Européenne) des sanctions économiques directes et asphyxiantes contre le régime de Kigali, plutôt que de simples notes de protestation.

Le discours de Paul Kagame a le mérite de la clarté. Il ne s’agit plus d’un conflit de frontières, mais d’une guerre existentielle. Aux leaders congolais de prouver s’ils partagent le sang de Lumumba ou s’ils ont choisi le camp de la capitulation. Le peuple, lui, regarde et retient les noms.

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