Face à l’Armageddon de Kagame, la RDC doit purger son amnésie collective et armer sa jeunesse

En affirmant que la disparition du M23 équivaut à une menace contre le Rwanda, Paul Kagame a publiquement consacré le lien politique, militaire et stratégique entre Kigali et cette rébellion active sur le territoire congolais.

Cette déclaration met fin au récit d’un mouvement purement interne porté par des Congolais en rupture avec Kinshasa. Le M23 apparaît désormais comme un instrument central de la politique régionale rwandaise, utilisé pour exercer une pression militaire sur la RDC, contrôler des territoires stratégiques et sécuriser des circuits économiques liés aux ressources de l’Est. Face à cette clarification, les protestations diplomatiques sans conséquences ne suffisent plus. La République démocratique du Congo doit opposer à cette stratégie une doctrine nationale fondée sur la mémoire historique, la défense du territoire, la réforme de l’État et la mobilisation organisée de sa jeunesse.

La guerre actuelle plonge ses racines dans les interventions militaires et les violences restées impunies depuis les années 1990. L’entrée de l’AFDL en 1996, accompagnée par les forces rwandaises, a inauguré une période marquée par des massacres, des déplacements massifs de populations et un affaiblissement durable de l’autorité congolaise. Le Rapport Mapping des Nations unies documente 617 incidents graves commis entre mars 1993 et juin 2003 et décrit des actes susceptibles de constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et, pour certains faits, des crimes pouvant recevoir la qualification de génocide devant une juridiction compétente. Les rapports du Groupe d’experts de l’ONU ont également documenté l’appui militaire, logistique et technologique fourni au M23, notamment par l’utilisation d’armes sophistiquées, de moyens de brouillage et de dispositifs antiaériens. La jeunesse congolaise doit s’approprier cette histoire, combattre la désinformation et transformer la mémoire des victimes en une force politique, intellectuelle et diplomatique.

La configuration militaire de l’Est confirme une entreprise de fragmentation territoriale alimentée par plusieurs intérêts régionaux. L’AFC/M23, dirigée politiquement par Corneille Nangaa et soutenue par Kigali, poursuit un projet de contrôle durable des territoires, des routes commerciales, des zones minières et des centres urbains. L’Ouganda protège ses propres intérêts sécuritaires et économiques, tandis que d’autres groupes armés transfrontaliers exploitent l’absence de l’État pour établir des réseaux d’influence et de prédation. Face à cette coalition d’intérêts, les FARDC demeurent le principal rempart de la souveraineté nationale, mais elles doivent être profondément restructurées. L’assainissement de la chaîne de commandement, la lutte contre les infiltrations, la modernisation du renseignement, le renforcement de la logistique et l’encadrement légal des Wazalendo sont des impératifs immédiats. Sans une réponse structurée, l’Est se transforme en une mosaïque de territoires armés soumis aux intérêts des groupes rebelles, des puissances voisines et des réseaux économiques transnationaux.

Le dialogue national annoncé à Kinshasa doit donc devenir un pacte de défense de la République Démocratique du Congo et non un mécanisme de partage du pouvoir. Il doit réunir la majorité, l’opposition républicaine, la société civile, les confessions religieuses, les représentants des provinces touchées et la jeunesse autour d’engagements précis : refus de toute conquête du pouvoir par les armes, condamnation de toute collaboration avec une puissance étrangère, audit des structures militaires et mobilisation nationale pour la défense de l’intégrité territoriale.

La jeunesse doit occuper une place centrale dans ce processus à travers la formation civique, la maîtrise de l’histoire nationale, l’engagement dans les institutions de défense et la bataille de l’information. La RDC ne restaurera pas sa souveraineté par les seules déclarations internationales. Elle la restaurera par une armée professionnelle, des institutions solides, une diplomatie offensive, une justice active et une nation unie, consciente de son histoire et résolue à ne plus négocier son existence.

Finis les pleurs, finies les plaintes diplomatiques. Si la disparition du M23 doit provoquer l’effondrement du régime qui l’a engendré, alors que la justice de l’histoire s’accomplisse. La RDC ne négociera plus sa survie. Elle l’imposera.

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