Enquête : Comment le réseau de Patient Sayiba (AFC/M23) infiltre l’OGEFREM pour asphyxier la RDC
Révélations sur un système occulte de captation financière et de fuite de renseignements stratégiques au cœur du commerce multimodal congolais, qui alimente la déstabilisation de la RDC au profit du clan Kabila.
Durban : Alors que l’Est de la République Démocratique du Congo fait face à l’agression continue de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) alliée au M23, les armes ne crépitent pas seulement sur le front militaire. Une guerre de l’ombre, économique et logistique, se joue dans les ports et corridors internationaux. Au centre de ce dispositif d’asphyxie et de sabotage étatique se trouve un homme : Patient Sayiba Tambwe. Ancien Directeur Général de l’Office de Gestion du Fret Multimodal (OGEFREM) et proche collaborateur de l’ancien président Joseph Kabila, Sayiba a officiellement rallié la rébellion. Malgré sa mise à l’écart des instances officielles, il maintient à ce jour une mainmise invisible mais destructrice sur l’écosystème du commerce extérieur congolais.
L’illusion du départ de la ZLECAF : Un décor déjà planté
Récemment, le départ de Patient Sayiba des organes de l’Union Africaine en charge de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) a pu être perçu comme un soulagement pour la diplomatie congolaise. En réalité, il n’en est rien. Ce retrait des instances panafricaines ne change absolument rien à la menace immédiate. Avant de quitter ses fonctions, Sayiba a minutieusement
« planté le décor » et verrouillé les rouages institutionnels. Les circuits de dérivation ont été si bien programmés que, de manière quasi automatique, les intérêts commerciaux et économiques de la RDC continuent d’être siphonnés et redirigés vers Joseph Kabila et ses réseaux.
La FERI : Le hub financier et technologique pris en otage
Le cœur du mécanisme de contrôle opéré par Patient Sayiba repose sur un outil pourtant régalien : la Fiche Électronique de Renseignement à l’Importation (FERI). Conçue à l’origine pour tracer les marchandises et maximiser les recettes douanières de l’État congolais, la FERI a été transformée en un outil de captation de ressources et de données.
Durant son mandat à la tête de l’OGEFREM, Patient Sayiba a méthodiquement tissé sa toile en plaçant des agents fidèles et soumis à des postes-clés. Ce réseau de loyautés survit à son éviction. De Kinshasa aux postes frontaliers les plus reculés, des dizaines d’agents continuent de répondre aux injonctions de l’ancien DG. Cette allégeance permet au réseau Sayiba de manipuler les flux d’informations de la FERI, court-circuitant l’autorité centrale de l’actuel management de l’office.
Les ports de l’Océan Indien et le bastion d’Anvers sous contrôle
La force de ce réseau réside dans son extension tentaculaire à l’international. L’essentiel du fret à destination de la RDC transite par des corridors étrangers, et c’est précisément là que Patient Sayiba a verrouillé le système. Plusieurs de ses obligés contrôlent les représentations de l’OGEFREM dans les principaux ports de l’Océan Indien :
• Mombasa (Kenya) et Dar-es-Salam (Tanzanie)
• Beira (Mozambique)
• Durban et Port Elizabeth (Afrique du Sud)
Plus grave encore sur le plan du népotisme et de la haute finance, la propre sœur de Patient Sayiba demeure, contre toute logique administrative, la représentante officielle de l’OGEFREM à Anvers, en Belgique. Ce port européen, véritable plaque tournante des importations stratégiques et du commerce de matières précieuses, offre une couverture internationale idéale pour légitimer les flux logistiques du réseau à destination de l’Afrique.
Espionnage logistique : Quand la FERI livre les secrets des FARDC
Cette mainmise sur la FERI et les ports internationaux dépasse le simple cadre de la criminalité financière ; elle touche directement à la sûreté de l’État. En contrôlant les fiches électroniques, le réseau Sayiba accède à des données hautement sensibles.
Chaque cargaison à destination de la RDC est répertoriée dans la FERI. En manipulant et en extrayant ces données, le réseau fournit des renseignements précieux à l’ennemi (l’AFC/M23 et ses parrains régionaux). Les flux d’approvisionnement des Forces de Défense et de Sécurité de la RDC (FARDC) (équipements, matériels stratégiques, rations, carburants) sont ainsi tracés à l’avance depuis les ports d’embarquement. L’ennemi connaît la nature, le volume, la trajectoire et la date d’arrivée des matériels militaires congolais avant même qu’ils ne franchissent la frontière. Une faille de sécurité majeure qui handicape l’armée loyaliste sur le terrain.
Des millions de dollars non résiliés au profit du « Clan Kabila »
Le nerf de la guerre reste l’argent. L’inertie des autorités face aux canaux financiers du réseau interpelle. À l’époque où Patient Sayiba dirigeait l’OGEFREM, de nombreux partenariats et contrats de mandataires internationaux ont été signés. À ce jour, plusieurs de ces contrats n’ont toujours pas été résiliés par l’État congolais.
Ces partenariats existants génèrent des millions de dollars américains en commissions et en frais de gestion de fret. Au lieu de renflouer les caisses du Trésor public congolais, ces fonds sont captés par les circuits offshore mis en place par le réseau Sayiba. Cet argent frais finance directement le « Clan Kabila » et sa stratégie d’influence, tout en apportant un soutien logistique et financier à l’AFC dans son entreprise de déstabilisation de la RDC.
Face à cette infiltration méthodique, la survie économique et sécuritaire de la RDC impose une purge immédiate et une rupture complète avec tous les contrats légués par l’ère Sayiba. L’OGEFREM ne peut plus être le bras financier et le service de renseignement logistique de ceux qui tentent de détruire la République.